Raconte nous...
Difficile de commencer à se raconter. Pour les premières années, très difficile , voire impossible de faire le tri entre « ses » souvenirs et le souvenir de ce qui nous a été dit par nos proches.
Quant aux souvenirs , ceux des évènements qui nous viennent à l'esprit et qu'il est possible que nou nous en souvenions en raison de l'âge que nous avions au moment où les évènements se sont produits difficile de ne pas penser qu'involontairement ou non nous ne les transformions pas un peu, beaucoup.
Il m'est également difficile de suivre le schéma de l'album qu'Erwan et Marie nous ont offert voici maintenant quelques années.
Alors je vais essayer un autre chemin en partant de mon quartier de naissance: Le Rouisan ou comme j'ai longtemps cru Le Ruisan, et en suivant le calendrier des pérégrinations familiales.
Il y aura sans doute, sans aucun doute , des digressions pour évoquer quelques personnages ou quelques évènements qui me viendront soudainement à l'esprit.
Il faudra suivre ! Je me propose de vous présenter les chapitres suivants:
de ma naissance à l'évacuation de Brest
séjour à Logonna Daoulas
retour à Brest
retour au quartier, enfance , retour à la coop, adolescence
Et plus, peut-être, si le temps m'est donné.
Je suis né le 16 mai 1939, je n'étais pas seul à faire notre entrée dans ce monde, ma petite soeur, Marie-Louise, ma jumelle, m'accompagnait.
C'est une sage-femme, madame Bougeant qui a aidé ma mère a accouché dans le petit appartement que mes parent avaient trouvé, juste au-dessus d'un café, l'estaminet de la place, c'était son nom.
Mes parents, Jeanne et Yvon, s'étaient mariés le 23 avril 1938 à Logonna Daoulas. Yvon comme l'appelait ma mère et tous les gens de la famille, s'appelait Henri Canévet pour l'état civil , Yves son deuxième prénom avait pris le pas sur Henri. Yvon est devenu Youenn pour beaucoup. Il était né le 23 septembre 1910 à Plouhinec dans le Finistère. Il avait trois soeurs, Anna, Lucie et Marie et trois frères, Clet, Louis et Albert.
Jeanne, ma mère est née Creisméas le 20 novembre 1915 à Logonna-Daoulas, elle était l'aînée de six enfants, ses frères, Pierre, Eugène, et Roger, ses sœurs, Simone et Marie-Thérèse.
Cela n'avait pas été un joyeux mariage.
Mon grand-père, Jean-Pierre Creisméas était un patron pêcheur. Après plusieurs années de marine marchande il avait, à cinquante ans, bénéficié du droit de rester inscrit maritime en pratiquant la pêche. Il avait acheté un sloop coquiller, « la République » à bord duquel en compagnie de ses neveux, Jean et Olivier Salaün il ratissait la rade de Brest en draguant la coquille Saint Jacques.
La saison battait son plein. Mais depuis quelques temps le bateau réclamait quelques réparations.
Le mardi 13 avril il s'était résigné à rallier l'un des chantiers navals du Fret. Les réparations devant durer plusieurs jours le patron du chantier lui avait prêté un autre bateau. Mais ce dernier n'avait pas le même armement, « la République » était un sloop non ponté, « la Marguerite » était pontée. Les marins auront compris l'importance de cette différence. Sur un bateau non ponté le bord du bateau vous arrive entre le genou et la hanche, sur un bateau ponté c'est au-dessous du genou.
Les manœuvres sont donc plus délicates sur un bateau ponté surtout si on a l'habitude de les faire sur un bateau non ponté.
Dans la soirée, en rentrant , quand ils arrivèrent en face de la rivière de l'Hôpital Camfrout, mon grand père et Jean durent border la grande voile, un coup de vent fit faire une embardée au sloop, le gui ou la bôme comme on dit maintenant revint les déséquilibrer et les précipiter à l'eau. Olivier occupé à l'avant du bateau réalisa très vite ce qui s'était passé mais le temps de reprendre le contrôle du bateau il était trop tard, les deux marins avaient coulé.
On peut imaginer les jours, les semaines et les mois qui suivirent.