vendredi 12 avril 2019

Je, François Villon de Jean Teulé.


                                                            
Jean TEULE n’est pas un historien, il l’affirme, et pourtant, chacun de ces livres et celui-ci n’est pas différent, part d’évènements ou de personnages  historiques et repose sur une recherche approfondie.

Selon un lecteur  sur le site  BABELIO il s’agit d’une « biographie largement romancée puisqu'on ne sait pratiquement rien de la vie de François Villon. On découvre le talent de ce grand poète français, plus "poète des tavernes et des brigands" que porté sur la poésie courtoise, mais aussi la vie du Moyen-âge…. Avant  d’entrer dans le récit, il est peut-être utile de présenter l’époque.

Le XV ème siècle, l’histoire en noir et rouge et blanc…! Noir comme la peste du même nom qui sévit en tant qu’épidémie de 1350 à 1375 et qui perdurera en pandémie jusqu’en 1500, rouge comme le sang qui ruisselle et les incendies des villes perdues puis reprises  pendant la guerre de cent ans qui se termine en  1453, blanc, enfin comme l’aube des temps modernes, les grandes découvertes et en tout premier lieu, l’imprimerie qui ouvre la Renaissance, la fin du Moyen Age et de la féodalité. L’imprimerie,  dont ne profitera pas l’œuvre de FV de son vivant. Il faudra attendre 70 ans, pour que l’œuvre de celui qui est alors considéré comme le meilleur poète du XVéme siècle soit « traduit » et édité par Clément Marot.
Pourtant à partir de 1450, Gutemberg met au point les dernières techniques qui vont permettre une extension rapide de l’imprimerie, partout en Europe, sauf en France. En 1470 date de l’arrivée à Paris de trois imprimeurs allemands à la demande des responsables de la Sorbonne on compte déjà une bonne quinzaine de villes en Allemagne et en Italie. Après tout ira très vite, on trouve des imprimeries dans des villes assez petites, en 1499, Jehan Lagadec fera imprimé son « catholicon », premier dictionnaire trilingue, français, breton et latin à Tréguier !

Revenons à Jean Teulé qui à partir d’évènements incontestables va bâtir son roman de la vie de François Villon, le terreau est riche et il en profite et quelquefois même en abuse….
1431, mort de Jeanne d’Arc.
1437, Dernières convulsions de la Guerre de 100 ans, arrivée de Charles VII à Paris, les anglais viennent d’en être chassés, dissolution des Grandes Compagnies.
1460, mort de Charles VII, avènement de Louis XI.
La peste noire, réelle dans tout l’occident sous forme d’épidémie violente de 1345 à 1360, endémique avec des épisodes d’épidémie plus ou moins sévères jusqu’à 1500.
L’état général du royaume, la France est une bande de terre coincée entre la Bretagne, la Normandie, l’Aquitaine, le Béarn à l’ouest, la Bourgogne, le Rhône à l’est, et encore ces limites ont évolué sans arrêt au cours de ce siècle calamiteux.
Les coquillards, bandits de grands chemins souvent anciens des Grandes Compagnies, constitué quelquefois en véritables armées mais le plus souvent en petits groupes, mais rien ne permet de les relier à François Villon.
Coexistence des justices royales, seigneuriales et épiscopales.

A partir de ce matériau  Jean Teulé écrit une histoire rude, brutale quelquefois odieuse même, certains passages,  quand Villon se rapproche des Coquillards sont parfois insoutenables, il est difficile d’accepter une version aussi sordide du poète.

Une fois terminée la lecture j’ai cherché  quelques renseignements supplémentaires sur François Villon, peut-être pour atténuer cette image trop noire,  Wikipédia s’est révélé assez succint, heureusement il y a Gallica !

J’ai trouvé deux ouvrages qui ont pu servir  à Jean Teulé.
 « François Villon, sa vie et son temps » de Pierre CHAMPION, un historien du début du XXème siècle et « Etude biographique sur François Villon » d’Auguste LONGNON, archiviste reconnu au XIXème siècle.
En les lisant on découvre comment Jean Teulé se sert de certaines vérités, comment il en tait d’autres pour bâtir son récit :
Sa mère vivait sans doute encore à la mort de FV, pas d’Isabelle de Bruyère mais une Catherine de Vauzelles que FV a beaucoup aimé mais qui l’a abandonné et sans doute humilié… Pas d’Isabelle et donc pas de trahison horrible et ni de recluse…
Il y a bien eu un coup de dague mortel à  Sermoise, en juin 1455, mais celui-ci n’était pas l’amant de La Machecoue, autre inconnue au bataillon…
Le vol du collège de Navarre a eu lieu en décembre 1456. C’est à la suite de cette affaire que François Villon a sans doute été banni de Paris mais plus vraisemblablement de France, d’où ces pérégrinations, de Saint Julien de vouvantes,  à Roussillon…
Pas de rencontre avec l’affreux Thibaut d’Aussigny entre la mère de Villon en 1431, mais il était bien évêque de Meung sur loire et a bien fait arrêté et interrogé « virilement » Villon en 1459.
Pas de voyage organisé pour prendre un emploi chez le roi René à Angers, mais une reconnaissance avant forfait chez un oncle de François Villon, chanoine à Angers…
La pauvreté du père de François est a peu près la seule chose qu'on en connaisse il n'existait plus en 1461 et, sans doute, il était mort depuis longtemps 'déjà. On possède, en revanche, quelques détails sur la  bonne mère du poète, qui désigne ainsi cette sympathique créature et la met en scène, d'une manière touchante, dans sa jolie ballade en forme de prière à Notre-Dame. C'était une femme sincèrement religieuse, mais pauvre et complètement illettrée.
« Femme je suis, povrette et ancienne, Ne rien ne scay~ oncques lettres ne leuz »
. Et dont Villon se reproche d'avoir souvent causé le désespoir
« Qui pour moy eut douleur amere,
Dieu le scait! et mainte tristesse. »

Ceci dit,  François Villon était un très mauvais garçon et fréquentait une bande de crocheteurs et autres voleurs, l’affaire du collège de Navarre est bien réelle et lui a valu son bannissement. Même ses compagnons sont utilisés, certains oubliés d’autres « ennoblis » comme Colin de Cayeux qui devient le roi des Coquillards…
Comme l’apprenti  charcutier Dogis, dont le frère finira ébouillanté…

Une petite citation pour, si l’on peut dire, la bonne bouche…

François Villon et Dogis sont dans une taverne et évoquent des souvenirs…
« Tu as bouffé ma mère en pâté ?
Je n’en reviens pas, suis abasourdi par ce que je viens d’apprendre, ne réussis à y croire :
« — C’est une blague, Dogis ?
— Non, non, non, François ! Tu sais, je n’ai pas tellement le cœur à rire ce soir… me répond l’adolescent rouquin à la figure grêlée de taches de rousseur. Mais je crois bien que j’ai dû en bouffer de ta mère. Ça lui est arrivé quand son truc ?
— Deux jours après l’entrée de Charles VII dans Paris.
— Ah oui, alors c’est ça. Déjà à l’époque, Christophe, dès qu’il apprenait qu’une femme serait enterrée vivante, allait se servir à Montfaucon.
Au-dessus de la charcuterie de la rue de la Parcheminerie près de la rue de la Harpe, dans une maison à l’enseigne du Chariot, je suis sidéré :
— T’as bouffé ma mère en pâté…
— Arrête de répéter ça, François. Tu te fais du mal.
— Mais comment faisiez-vous ? 
Un peu de veau, un peu de porc, un peu de ta mère… Des clous de girofle, un rameau de romarin, quelques graines de paradis, du laurier, des oignons et du vin de Bagneux où on trempait les viandes douze heures en marinade… ».

mercredi 20 mars 2019

Réunion du groupe des lecteurs du 28 02 19

Lise : Le vin de solitude d'Irène Némirovsky. Hélène a 8 ans et vit à Kiev dans une famillle de la haute bourgeoisie. Son père, Boris est juif et possède des mines d'or en Sibérie. Nous sommes en 1903. Boris fait vivre femme, fille et beaux parents. Hélène vivra avec le trio père-mère-jeune amant de sa mère.  Ils déménagent au gré des affaires paternelles et des fuites si bien qu'ils n'auront de vrai ancrage nulle part. La fortune de Boris se déplacera à Paris avant qu'il ne soit désargenté et, malade, ne décéde. Hélène aura la haine de sa mère puis fera sa valise pour partir, avec son chat, afin de se libérer de cette famille malsaine. Non sans avoir séduit l'amant de sa mère pour se venger d'elle. Descriptions et style superbes. 

Michèle Laurent : Les cendres d'Angela, une enfance irlandaise de Franck Mc Court. C'est l'enfance de l'auteur à partir de ses 4 ans, en Irlande, au retour de la famille des Etats Unis. Description réaliste d'une enfance misérable, incroyablement sordide, avec la mère qui doit se battre seule. Un témoignage de dignité. « Pire que toutes les enfances misérables ». La description de la naissance spectaculaire de la petite sœur est un événement mémorable. C'est aussi une histoire rayonnante dans laquelle « on s'y voit ». Emerveillement de lecture.

Martine : Les amants du spoutnik d'Haruki Murakami. Histoire japonaise à trois personnages :K., le narrateur, professeur des écoles, solitaire, Sumire, émotive et fantasque, qui écrit sans publier et Miu son aînée de 17 ans. Miu et Sumir s'aiment mais Sumir est davantage amoureuse. Elle devient la secrétaire de Miu et se socialise. Elles partent en voyage à travers des pays d'Europe et Sumir, qui s'occupe de tout facilite la vie de Mui lui faisant vivre, ainsi, ses premières vraies vacances. Sumir va insister auprès de Mui pour qu'elle lui raconte son secret, son histoire cachée. Souvenir qui disparaîtra aussitôt. La mémoire d'un ordinateur révèlera deux rêves, dont le fameux et mystérieux secret.La fin est étrange, déroutante, entre rêve et réalité.

Michèle Chapelain : Je viens de toutes mes enfances de Jacques Salomé. Sa mère a 16 ans à sa naissance. Elle est à l'Assistance Publique et y restera, avec son enfant, jusqu'à sa majorité à 21 ans.             À  ses 9 ans, Jacques, atteint de la tuberculose osseuse, partira pour passer 5 années en sanatorium, période pendant laquelle sa mère ne pourra lui rendre visite que quatre fois. Il n'aura de cesse de protéger cette mère, abandonnée petite, qu'il surprendra pleurant et s'adressant à  propre mère qu'elle veut retrouver. Il la rassurera sur ses « bonnes nuits » alors que, transpirant, il ne cesse de faire des cauchemards épouvantables. A 15 ans, Jacques parlait à son père, Pierre, qu'il ne verra jamais, mais dont sa mère lui a donné une belle image. Pour Jacques Salomé on a plusieurs enfances : familiale, amicale, amoureuse, adolescente, imaginaire. Survivre aux situations rencontrées est facilité par l'imaginaire.                                 Il aura été porteur d'une très grande tristesse et aura eu beaucoup d'amour maternel.

Nicole : Noli me tangere d'Andréa Camilleri. Cette jeune femme, italienne, quitte son domicile pour se rendre dans sa maison de campagne où elle n'arrivera jamais. Son mari est inquiet et souhaite qu'on enquête. On retrouve bien sa voiture dans un lac mais aucune trace de la disparue. Elle a eu beaucoup d'amants. Son professeur d'art se souvient de sa brillance et de sa fascination pour le tableau Noli me tangere (« ne me touche pas ») dont elle avait une interprétation forte. Ce sera le seul indice pour orienter les recherches...
  
Chantal : La vraie vie d'AdelineDieudonné. Une adolescente protège son petit frère qu'elle veut sauver car il va de plus en plus mal à la suite d'un choc psychologique. Sa mère est inexistante, terrorisée par un père horrible. Passionnée de sciences physiques elle fait du baby sitting pour s'offrir des cours particuliers.     C'est le récit de son combat dans cette famille où elle ne peut compter que sur elle (sa mère est éloignée des enfants, c'est une « amibe »). La fin est dramatique et libératoire. C'est l'histoire d'une jeune lutteuse dont la « vraie vie » fut semée de peurs et de situations atroces.

Eric : S'enfuir, récit d'un otage de Guy Delisle. B.D. L'auteur a enregistré le récit de la captivité de Guy, membre d'une ONG, pris en otage en Tchétchénie pendant 112 jours. Ses geoliers ne l'ont pas brutalisé mais ils n'avaient aucun moyen de communication. Menotté, accroché à un radiateur, puis à un anneau dans le sol, il n'est détaché que quelques instants, juste pour le nécessaire. On entre dans la solitude de l'otage, on partage ses doutes, ses rêves de mariage, le défilé de l'histoire de Napoléon dont il est un admirateur, les fois où il pensait étrangler ses gardiens, ses hésitations à saisir des opportunités de fuite, etc... Il fera le pas depuis une salle de bains et les péripéties de cette évasion le conduiront en Russie avec, au final,  cette promenade en voiture d'ambassade. Ce livre est très agréable à lire.                                                        L'avancée des travaux d'Etienne Davodeau. B.D. De courtes nouvelles. « ça vaut le coup d'être lu ».   

Roger : Le dernier banquet de Jonathan Grimwood. Petit enfant misérable mangeant des scarabbées sur un tas de fumier alors que ses parents, nobles désargentés, sont assassinés, il est « sauvé » par un duc et ses soldats. Placé en institution il se liera avec d'autres nobles qui deviendront pour certains les plus proches conseillers  du roi. Notre héros, féru de cuisine, créera des recettes plus improbables les unes que les autres, avec toutes sortes de viandes : serpent, chat, chien, insectes, animaux de ménagerie …..jusqu'à la dernière, stupéfiante, avant de mourir dans des circonstances peu communes (d'où le titre)....Sa destinée sera des plus aventureuses. Il cotoiera la Cour et vivra ses intrigues. Représentant du Roi de France auprès des dirigeants corses, il échappera de justesse à la mort, car une guerre féroce est engagée entre temps pour l'annexion de l'Ile. Il est sympathique car son attitude avec les femmes est décalée par rapport à l'odieux machisme ambiant. Il est, aussi, atypique avec ses sujets qu'il ne traite pas avec hauteur et n'accable pas davantage contrairement à ses pairs qui usent entre autre, du droit de vie ou de mort, avec cruauté.


Debout les morts, Fred VARGAS. (Février 2019)
Fred VARGAS est née en 1957, c’est son nom de plume qui fait référence parmi les auteurs policiers français.
Frédérique Audoin-Rouzeau est ou plutôt était avant qu’elle se consacre désormais à l’écriture une archéozoologue qui a écrit de nombreux ouvrages savants pour rendre compte de ces recherches archéologiques et zoologiques.
Dans ces romans policiers elle est fidèle à quelques personnages toujours un peu décalés, son principal héros, le commissaire Adamsberg apparaît dans de nombreux romans, les trois évangélistes participent à trois histoires, mais Fred Vargas aime mélanger les personnages, dans certains romans les évangélistes rencontrent le commissaire Adamsberg pour former un mélange détonant.   
« Debout les morts » est son quatrième roman paru en 1995, il a été récompensé à deux reprises, par le prix du polar de la ville du Mans et par le prix mystère de la critique en 1996.
C’est l’histoire de… trois mecs dans la « merde », selon leurs dires. Tous les trois historiens chercheurs, sans emploi ou presque. Marc, le médiéviste, a trouvé une vieille baraque pourrie, il recherche des colocataires parce que le loyer même modeste est au-dessus de ses moyens. Il pense à Luc, spécialiste de la première guerre mondiale, actuellement remplaçant dans un établissement privé, et à Mathieu, le passionné des origines de l’homme bloqué dans un univers de cueilleurs chasseurs. Tous trois, plus ou moins à la rue dans un avenir très prochain acceptent.
Marc leur impose son oncle et parrain, un ancien flic qui a connu des hauts et des bas dans son administration, le commissaire à la retraite Vandooster. Chacun hérite d’un niveau dans la bicoque en fonction de leur strate d’études historiques à Mathieu, le rez de chaussée, à Marc le premier étage, Luc est au deuxième et Vandooster au grenier…
Ce dernier les appelle vite « les évangélistes », Saint Mathieu, Saint Marc et Saint Luc.
Avec les moyens du bord ils retapent la maison pour qu’elle soit au moins habitable, mais pas de téléphone ni de télévision…
Très vite chacun trouve ses marques et une bonne harmonie règne parmi eux.
Ils font connaissance avec leur voisine, Sophia Siméonidis, une cantatrice célèbre. Elle fait appel à eux pour lever un mystère, un jeune arbre, un hêtre a été planté récemment au fond de leur jardin, son mari ne semble pas inquiet mais elle trouve très bizarre cette apparition. Les trois compères décident de se transformer en ouvriers de la ville pour creuser dessous cet arbre, ils ne trouvent rien.
Delà naît une amitié entre voisins, le mari toujours parti n’est pas associé au groupe. Sophia leur fait connaître son amie Juliette qui tient un petit restaurant dans les environs immédiats.
Mathieu est même embauché comme serveur.
Mais Sophia disparaît sans un mot.
L’ancien flic pousse les évangélistes à se renseigner. De leurs recherches auprès de son mari il en ressort que Sophia serait partie à Lyon rejoindre un ancien ami.
Surviennent alors Alexandra et son fils Cyril. Elle a fait appel à sa tante pour se sortir d’une situation difficile. Marc la trouve, trempée devant le portail de la propriété de Sophia, il l’invite à venir s’abriter chez eux. Elle se refuse à admettre que sa tante ait pu s’absenter sachant qu’elle arrivait avec son fils. Les évangélistes et leur acolyte reprennent l’enquête, Vandooster a gardé un contact dans la police, le commissaire Le Guennec, un breton pur jus avec qui il a partagé quelques galères et quelques virées bretonnes…
L’enquête repart mais on retrouve ce qui semble bien être les restes carbonisées de Sophia dans une voiture incendiée volontairement.
La piste criminelle est évidente mais les recherches piétinent jusqu’à l’arrivée d’un nouveau personnage, Christophe Dompierre..
Il cherche à établir le lien qui pourrait relancer une enquête menée quinze ans plutôt à la mort de son père faussement accusé de trafic de drogue et qui n’a jamais aboutie. Son lien avec Sophia semble ténu mais mais…
Manque de chance alors que notre commando d’investigation était sur une nouvelle piste, Dompierre qui aurait pu les renseigner sur ce qui pouvait relier Sophia à cette vieille histoire se fait assassiner.
Sur le lieu du crime on trouve un couteau avec les empreintes de Sophia.
« Debout les morts ! » s’écrient Saint Luc, Sophia n’est pas morte !
On repart à zéro, Marc ne peut croire à la culpabilité de Sophia, et pourtant tout semble l’accuser, des cheveux qui semblent lui appartenir sont trouvés près du cadavre de Dompierre.
Après ce nouveau rebondissement impossible de lâcher le roman et l’enquête menée par ces personnages loufoques et sentimentaux, Mathieu est « secrètement » amoureux de Juliette et Marc en pince pour Sophia un peu aussi pour Alexandra,  Fred Vargas nous entraîne dans une enquête atypique qui rappelle un peu la veine des romans de Donald Westlake et ses antihéros pleins d’humour.
Difficile de classer ce livre parmi les différents genres du roman policier mais est-ce bien nécessaire si le plaisir de le lire est là du début à la fin.
La fin, justement.
C’est Marc qui va deviner ce qui peut se cacher derrière la trop gentille Juliette, qui aurait tant voulu devenir cantatrice, qui a même remplacé Sophia quand cette dernière a été agressée quinze ans auparavant.
Mais l’expérience a tourné court, les critiques dont le père de Christophe Dompierre ayant mis fin à sa prestation…
La vengeance, voilà le mobile.
Je vous laisse faire un petit effort si vous souhaitez connaître la fin du fin…

vendredi 1 février 2019

13 Mai 1958, un coup d'Etat...

13 Mai 1958, un coup d'Etat...

Groupe des lecteurs AEPR Anciens, réunion du 20 décembre 2018.


séance du jeudi 20 décembre 2018
Nous étions 12 : Jeannine, Chantal, Nicole, Michèle C., Jean-Pierre,
Roger, Charles, Martine, Lise, Michèle L. et Michèle P. Eric 

Nicole : Simple Julie Esteve. Ce corse de 50 ans, dont la mère est morte à la naissance est battu et méprisé par son père. Seule, son institutrice aura de la gentillesse pour lui, comprenant qu'il est maltraité par tout le monde, car il est pris pour un « demeuré ». Il raconte sa vie à une « vieille chaise », avec douceur, jamais plaintif. Et pourtant ! Lors de ses 20 ans il est accusé d'avoir assassiné une jeune fille, son apparente fragilité psychologique le désignant à la vindicte populaire. Au cours de ses quinze années de prison il aura « la chance » d'être protégé par un caïd, son codétenu. Il retournera au village où il montrera son aptitude à vivre, sa sensibilité et son talent pour parler de la nature, notamment.                                                                                    C'est un beau livre, très prenant, pas pesant.

Jean-Pierre :L'agonie de la IV° République Michel Winock. Livre d'Histoire. La courte vie de la IV° République se termine avec le drame algérien. En 1830, l'Algérie est conquise, avec Bugeaud, dans le crime, avec des massacres.   Les trois quarts du territoire seront accaparés par 10% de la population, la seule ayant la nationalité française.              La nationalisation des autochtones, plusieurs fois proposée ( Napoléon III, Clémenceau,  Jules Ferry, De Gaulle en 43,..) sera fermement combattue par les colons, partisans de l'apartheid. Aux manifestations, la République répond par des répressions sanglantes, 1500 à 2000 morts à Sétif, par exemple. Cette même République accorde l'indépendance à l'Indochine, à la Tunisie et au Maroc, dans le même temps. La Toussaint Rouge, en 1954, marque la création du FLN. S'ensuit cette guerre avec une « arme » redoutable, la torture dont s'illustreront de tristes militaires (Massu,  Aussaresse...). La pression des généraux factieux, les atermoiements de nos politiques, la prise de la préfecture corse par les paras en guise de semonce conduira à la prise de pouvoir par le Général De Gaule qui, dans la foulée, se fera voter les pleins pouvoirs et mettra au vote par référendum une constitution pour la prochaine république.

Eric:Les chardons du Baragan Panaït Istrati Quand le vent sibérien fait plier les chardons c'est la période des mutations pour le travail. Histoire de paysans révoltés du Baragan -ils ont exterminé leurs notables- qui sont réprimés dans le sang, leurs villages rasés. C'est en 1928, en Roumanie. L'auteur, dont le père a été tué à sa naissance, aura une grande déception en ayant connaissance des crimes staliniens. Il y a cette maman qui équipe  son fils et son mari d'une charrette et d'un âne pour aller pêcher et ramener du poisson à vendre. En chemin ils feront une piètre vente, leur âne mourra, la charrette sera inutilisable et ils apprendront, au retour que la maman est décédée !

Charles : Appolinaria Capucine Motte Péripéties sentimentales de cette russe qui veut devenir femme de lettres.   Dans son collège, l'Ecrivain donne une conférence et elle lui présente une petite nouvelle qu'elle a écrite.           L'Ecrivain va utiliser son pouvoir de publication dans le journal afin de la séduire. Leur liaison est épisodique car l'Ecrivain part en Europe. Puis il revient et ils voyagent tous les deux, sur ses deniers à elle jusqu'à faire appel à son père pour la renflouer. L'Ecrivain a des engagements à écrire qu'il ne tient pas. Elle va à Paris et est séduite par un hidalgo. Ensuite c'est son retour en Russie et sa liaison avec un professeur de français jusqu'à ses retrouvailles avec l'Ecrivain qui s'est remis à écrire mais qui vit une idylle avec la dactylo qui tape ses récits ! Mais qui est cet écrivain ? Dostoïevski !

Michèle C. : La mer était si calme Y. Viollier. Roman témoignage sur les conséquences humaines et matérielles de la tempête Xynthia au travers des récits vécus par quatre familles.. Il y a cette vendéenne de toujours qui conseille à  ses nouveaux voisins de bien fermer toutes les issues extérieures et d'attendre, s'il se passe quelque chose....                  Une famille, l'eau au bord du lit, va lutter pour un regroupement à l'étage, avant d'être approchée par des yoles qui l'emmènera au centre de rassemblement. Cette jeune fille travaillant de nuit et libérée bien plus tôt à cause de l'alerte, s'endormira avant  de se réveiller dans l'eau, sortir et s'agripper  à un poteau que ses doigts tétanisés ne pourront lâcher.
Enfin ce couple laissant, pour une soirée, leurs deux enfants  avec les grands parents et qui les perdra tous.

Lise : OK Joe Louis Guilloux. C'est lété 44, à Saint Brieuc. Récit autobiographique. L'auteur, journaliste, parle anglais et est interprète à la Ville car les américains sont sur place attendant la chute de la poche de Brest. Il sera aussi traducteur lors d'enquêtes et jusqu'aux procès de soldats américains pour des atteintes contre des français. L'armée américaine l'intégrera. Il constatera que les coupables, toujours noirs, sont condamnés à la peine capitale alors qu'un officier ranger ayant déchargé son arme dans le dos de sa victime bénéficiera d'un tribunal spécial et, acquitté, sera présent au bar le soir même du procès. Les témoins et les victimes sont français et ces dernières sont gratifiées de dédommagements absolument dérisoires. Parlant aussi l'allemand, l'auteur accompagne cette armée américaine à l'ambiance délétère jusqu'à Paris. Sur le trajet : un beau récit sur la Résistance.

Chantal  : Hillbily élégie James David Vance . Récit autobiographique de cet avocat « transfuge » de son milieu, dans les Appalaches, région sinistrée après l'abandon des mines de charbon et des usines métallurgiques. La population, stigmatisée, sans reconversion possible est en grande difficulté. L'auteur décrit les siens sans culture, dans la violence et l'alcoolisme. Le désinvestissement familial est désastreux pour les enfants. Il n'y aucune entraide. Il ira à l'Université grâce à son courage et, surtout, avec le soutien de sa grand mère qui avait le sens du devoir, de l'honneur et de l'effort. Il en devient sévère avec les siens et parle de paresse. Best seller.

L’agonie de la IVème République.

Michel WINOCK.
L’année 2018 a été l’année de l’anniversaire de « MAI 68 ». Les événements de cette période, leurs conséquences et les souvenirs contrastés qui hantent les mémoires de ceux qui les ont vécus, qui auraient souhaité les vivre ou au contraire, qui les ont détestés justifient amplement que l’on ait consacré du temps à revenir sur ces journées de mai 68.Bon, c’est fait et même beaucoup et bien fait…
Mais 2018 nous renvoie à d’autres événements qui auraient mérité au moins si ce n’est plus d’attention que ceux de 1968.
En effet, dix ans auparavant, en mai 1958, le 13 mai pour être plus précis ont eu lieu des événements extrêmement graves que j’ai voulu me remettre en mémoire grâce au livre de Michel Winock, « l’agonie de la Quatrième République ».
1958, 13 ans après la Deuxième guerre mondiale.
J’avais 19 ans et même si j’étais trop jeune pour garder des souvenirs précis de l’occupation, dans ma famille, comme dans toutes les familles je présume cette période avait laissé des traces encore sensibles en 1958. Elève à l’Ecole Normale de Quimper, je faisais partie des Eclaireurs de France, nous savions que nos aînés avaient participé à un réseau de résistance et qu’ils avaient été fusillés à Scaër, c’est dire si la Résistance était encore très présente dans nos esprits. C’est important de le dire parce qu’il explique mon désarroi au moment des événements du 13 mai.
Mais revenons au livre.
Michel Winock est un historien, il enseigne l’Histoire contemporaine à l’Institut des études politiques, autrement dit Sciences Po. Il est l’auteur de nombreux livres dont une biographie de Flaubert.
Son histoire du 13 mai 1958 parue dans la collection « des jours qui ont fait la France » est aussi pour lui de retracer l’histoire de l’Algérie de 1830 à pour mieux cerner les causes de ce désastre.
Selon lui l’histoire de cet événement doit être analysée en séparant ce qui relève du temps long, c'est-à-dire la colonisation de ce qui tient au temps moyen, et qui touche à ce que l’on a constaté partout dans le monde, la décolonisation et enfin du temps court, celui à proprement parlé des quelques mois qui ont précédé le 13 mai et le 13 mai lui-même.
-          Le temps long, la conquête, de 1830 à 1840, c’est l’époque de Bugeaud, les expropriations ponctuées des destructions de récoltes, des incendies de villages, des enfumades de plusieurs centaines de personnes dans les grottes et des massacres qui suivent la résistance d’Abd el Kader contre les promesses non tenues de laisser une partie de l’Algérie autonome.
C’est aussi la politique d’apaisement de Napoléon III qui se heurte au refus des colons, puis celle de Clémenceau qui reçoit le même accueil.
En 1887, la IIIème République avait présenté un projet de naturalisation collective de tous les habitants d’Algérie ce texte présenté par Jules Ferry se heurte au refus des colons.
Et pourtant l’idée d’instaurer une colonie de peuplement s’avère impossible à réaliser au fil des années.
Les brutalités et les exactions commises pendant la conquête vont empêcher l’adhésion des populations arabes au nouveau maître.
Les colons n’ont jamais considéré cette population comme des citoyens français.
Le Front Populaire essaiera de tenter une décolonisation partielle en vain.
En 1943, le général de Gaulle vient en Algérie, dans un discours, à Constantine, il promet une large naturalisation et une libéralisation de la condition des populations indigènes à la Libération.
En mars 1944, il précise ses intentions en décrétant les mêmes droits pour tous.
Une fois de plus les colons s’opposent à cette décision… Et pour la première fois, les nationalistes algériens la rejettent également.
Messali Hadj, leur leader déclenche des manifestations qui aboutissent, d’abord au massacre d’européens, puis, au cours des opérations de répression au massacre de Sétif où l’on compte 1500 morts.
-          Le temps moyen, c’est, arbitrairement, celui de la IVème République.
Il est nécessaire, pour mieux le comprendre, de faire le point sur l’évolution de l’état d’esprit des deux communautés qui vivent en Algérie.
Si en 1926 Ferhat ABBAS, un représentant de la classe aisée des musulmans, diplômé des écoles françaises exprime son refus d’une patrie algérienne, au même moment Messali Hadj créée « l’Etoile nord-africaine » et prône le rassemblement des Tunisiens des marocains et des Algériens dans une même nation.
Son mouvement est dissous mais il le reconstitue en 1937, sous le nom du Parti du Peuple Algérien.
En 1931, les religieux se regroupent en association des Oulémas.
Après le discours de Constantine ces trois tendances se retrouvent pour réclamer la création d’une république autonome.
Le temps de l’intégration est passé. La population française est encore dans l’idée que l’Algérie est une colonie et n’envisage aucune évolution à ce statut.
1947, La lutte entre les groupes de libération se déchaine.
1954, la Toussaint Rouge, une vague d’attentats vient annoncer la création du FLN.
A Paris, Mendes-France, le président du Conseil, qui vient d’accorder l’indépendance à l’Indochine et à la Tunisie et s’apprête à faire la même chose pour le Maroc s’accroche à la certitude que l’Algérie doit rester française. Il ne prend pas au sérieux le nationalisme algérien.
Aux élections de 1956 la gauche revient au pouvoir, Guy Mollet est président du Conseil. Il obtient les pleins pouvoirs du parlement. Il envoie de nouvelles troupes en Algérie, la presse est censurée. Claude Bourdet est arrêté pour un article contre le service militaire à 27 mois, de nombreuses voix dénoncent la torture. Mendes-France, ministre d’état démissionne.
L’avion de Ben Bella est détourné, Ben Bella arrêté, Alain Savary démissionne.
L’affaire de Suez achève de déconsidérer les politiques vis à vis de l’armée.
1957, Massu assume tous les pouvoirs civils et militaires à Alger, la bataille d’Alger est lancée. Les légionnaires et la milice ratissent la ville, les soldats reçoivent la bénédiction de l’aumonier de la 10 ème division, il demande« un interrogatoire sans sadisme, mais efficace », Aussaresses , Trinquier sont les adjoints de Massu.
En France, de nombreux intellectuels, François Mauriac, Raymond Aron, Jean-Paul Sartre, Claude Bourdet… relayés par une partie de la presse, Témoignage chrétien, le Monde, France Observateur, le Canard enchaîné, dénoncent résolument la torture malgré la censure. Henri Alleg écrit « La question », préfacée par Jean-Paul Sartre. A l’EN j’ai l’occasion de le lire, abandonné par qui ? sur une table dans la bibliothèque. Cette découverte ne sera pas sans effet sur mon état d’esprit quelques mois plus tard.
-          Le temps court, qui, à l’époque m’a semblé si long !
Tout commence par la mise en minorité de Félix Gaillard, le 15 avril 1958.
L’exaspération des français d’Algérie, les Pieds Noirs, monte, des activistes entretiennent ce mécontentement, Lagaillarde, Ortiz.
Les Pieds Noirs, certains très riches, les colons, les vrais qui ont profité de toutes les confiscations des terres indigènes depuis 1830. D’autres pauvres ou presque pauvres. Issus des différentes opérations de peuplement, d’origine française, italienne ou espagnole. Certains français ont fuit l’Alsace et la Lorraine en 1870, d’autres les dictatures de Franco ou de Mussolini. Tous ont la même certitude, l’Algérie est leur terre, aucun n’envisage de la quitter. Peu ont conscience d’être dans une colonie, les arabes… il y a ceux qu’ils connaissent, ceux de leur quartier ou de leur village, et les autres …
Ils sont pour une immense majorité contre toute politique d’assimilation ou d’intégration.
 Au sein de l’armée, deux mondes, l’armée de métier et le contingent. Le contingent composé de jeunes hommes venus de métropole ne fréquentent pas les Pieds Noirs et s’en méfient, l’armée de métier éprouve de la rancœur vis-à-vis de la classe politique parisienne, responsable de l’abandon de l’Indochine, de la Tunisie et du Maroc, sans parler de la déroute diplomatique de l’affaire de Suez.
Cette rancœur est soutenue par les  milieux catholiques intégristes de la « Cité catholique », dirigé par un maurassien pur jus, Jean Ousset, qui fut le chef du bureau d'étude de la Jeune légion4, une structure liée à la Légion française des combattants de Xavier Vallat, un des bras armés du régime de Vichy , issus du pétainisme, ils sont animés de sentiments antidémocratiques. Petit à petit une revendication apparaît parmi les officiers : « un gouvernement de salut public ».,
Des contacts sont pris entre le général Jacques Faure et Michel Debré. Mais le projet avorte quand il tente de faire arrêter le ministre résident Robert Lacoste.
Dès le 7 mars apparaissent les premiers appels à de Gaulle. Le président de la République René Coty a bien du mal à trouver un remplaçant à Félix Gaillard…
Tout est prêt pour le 13 mai. Les acteurs, l’armée, les activistes algérois, l’Assemblée Nationale et … les gaullistes. Michel Debré relance l’idée d’un gouvernement de salut public dans un article, A Alger se constitue un comité de vigilance autour de Delbecq, ancien chef de cabinet de Chaban Delmas. Le 7 mai, à Philippeville, le colonel Bigeard appelle à la guerre à outrance.
Le 8 mai, René Coty appelle Pierre Pflimlin, Debré encourage les élus de droite à jouer le pourrissement à l’Assemblée Nationale.
Le 9 mai, Alain de Sérigny, ancien vichyste, directeur de « l’Echo d’Alger » lance un appel à la population pour exiger un gouvernement de salut public. Salon, Jouaud et Auboyneau envoie un message au général Ely, chef d’état major des armées en faisant planer la menace d’une action désespérée de l’armée.
Debré assure Ely que de Gaulle est prêt.
Le FLN annonce l’exécution de trois militaires français en  représailles des condamnations à mort des membres du FLN.
10 mai, Pflimlin constitue son équipe, Alger fait connaître son refus d’accepter ce gouvernement.
11 et 12 mai, Salan, représentant le gouvernement français à Alger demande le retrait de Pflimlin et le retour de de Gaulle.
13 mai, deux manifestations sont prévues à Alger, l’une par Salan pour honorer la mémoire des trois militaires français, l’autre pour exiger un gouvernement de salut public.
Les deux manifestations vont fusionner. Dans la soirée la foule est immense, hostile au gouvernement, sous l’impulsion de Lagaillarde et Ortiz, elle se dirige vers le palais du gouvernement général. Les grilles sont forcées, les CRS qui défendent l’accès sont bousculés, la foule envahi le bâtiment avec la complicité des parachutistes du colonel Trinquier qui prête un GMC pour forcer les grilles, c’est le saccage.
Massu et Salan se rendent sur les lieux et Massu prend les affaires en main et créée le comité de salut public qui exige la formation d’un gouvernement de salut public présidé par de Gaulle. C’est le putsch !
En même temps à Paris le gouvernement Pflimlin est investi par l’Assemblée Nationale.
Le divorce semble consommé…
Mais non, le président du conseil confirme Salan dans ses pouvoirs.
Les jours qui suivent vont être longs, très longs, de Gaulle sait qu’il ne peut accepter la voie normale pour accéder au pouvoir, l’Assemblée Nationale a condamné le 13 mai, il ne recueillera pas la majorité nécessaire pour former un gouvernement. Il faut faire traîner les choses.
Ses proches à Paris et à Alger jouent sur la crainte d’un débarquement des parachutistes à Paris. Une opération est d’ailleurs en cours de préparation, l’opération « Résurrection ».
De Gaulle ne veut pas apparaître comme le jouet des militaires, pendant qu’il cherche un consensus avec René Coty et les responsables politiques dont Guy Mollet, ses lieutenants, Frey, Debré, Guichard, Foccart font patienter Massu de plus en plus tenté par un coup de force pour favoriser le retour du général de Gaulle.
Du 13 au 18 mai le temps semble flotter. Chacun avance ses pions dans l’attente de la parole de de Gaulle.
Le 19 mai il  tient une conférence de presse, il se déclare prêt à prendre la tête de la République. A la question des journalistes il refuse de condamner le coup de force des militaires, de Massu et de Salan. En même temps il exige de ses compagnons un immobilisme absolu…
Claude Bourdet, ancien résistant déclare que l’homme du 18 juin est devenu celui du 19 mai.
En ce qui me concerne, à l’époque, j’ai exactement le même sentiment de trahison, l’homme de la Résistance se lie à l’armée pour renverser la République. C’est une incompréhension totale.
A l’Assemblée Nationale, Mendes France exprime sa défiance envers la façon dont de Gaulle justifie ou excuse le comportement des civils et des militaires d’Alger.
Et l’attente continue, en coulisse de Gaulle rencontre Antoine Pinay et les chefs des différents partis politiques. Foccard donne on accord pour l’organisation de l’opération « Résurrection », mais pas pour son déclanchement immédiat, les militaires passent outre.
Le 25 mai la préfecture de Corse est investie par les paras, le colonel Thomazo prend le pouvoir sur l’île, les maires fidèles à la République sont destitués. Nouveau silence de de Gaulle. Jules Moch le ministre de l’intérieur propose de reprendre la Corse par la force. Pflimlin refuse. Sur la proposition de Guy Mollet ils décident de rencontrer le général à Saint-Cloud dans la nuit du 26 au 27 mai, rien ne sort de cette entrevue mais le lendemain de Gaulle fait part de contacts positifs…
Pflimlin démissionne le 28 mai. René Coty contacte de Gaulle qui accepte la procédure constitutionnelle.
Il présente ses exigences le 1er juin à l’Assemblée Nationale, pleins pouvoirs pendant 6 mois, nouvelle constitution par référendum. L’Assemblée Nationale accepte.
Le 4 juin de Gaulle se rend à Alger, Il y prononce son célèbre « je vous ai compris » ce qui enthousiasme une grande partie des pieds noirs, mais laisse les activistes et les militaires sur leur faim.
La République gaullienne se met en place, la constitution de la Vème république est adoptée par référendum, avec une majorité écrasante de oui, plus de 80%.
Le grand malentendu va se révéler petit à petit, le fossé se creusera entre les activistes d’Alger suivis par une majorité de Pieds Noirs jusqu’au putsch du « quarteron » de généraux, Salan, Jouaud, Challe et Zeller du 22 avril 1961… Mais c’est une autre histoire, ou pas…
Alors, le 13 Mai, coup d’état ?
Au départ les auteurs du 13 mai n’avait qu’un but, mettre l’armée au pouvoir, c’est l’influence de Delbecq, émissaire de Chaban Delmas et de Massu au sein du comité de salut public qui fait évoluer l’objectif vers la solution de l’appel à de Gaulle. A partir de ce moment la cellule de la rue Solférino, siège du comité gaulliste pilote l’opération et arrive à convaincre les activistes algérois que de Gaulle est la garantie du maintien de l’Algérie française.
Après le 13 mai de Gaulle est à la manœuvre, il relance l’insurrection qui commence à douter le 15 mai.
En se gardant de toute condamnation des évènements, puis de ceux de  Corse, il pactise avec la sédition.
Il n’a pas personnellement trempé dans la conjuration mais il a su en saisir toute l’utilité. « Si ce n’est pas un coup d’état cela ressemble bien à un quasi-coup d’état. »
Ce n’est pas le 2 décembre 1852, mais cela ressemble au 18 brumaire…
Cependant il faut reconnaître que son retour au gouvernement n’est entaché d’aucune illégalité sauf si l’on retient, comme le dit Mendes France que le vote d’investiture de l’Assemblée a été contraint par le chantage à la guerre civile et que le résultat a été vicié par la menace d’intervention militaire.
Cette « légalité forcée » a été légitimée à posteriori par la légitimité du référendum. Michel Wonock conclu par ce verdict : « légalité douteuse mais légitimation indiscutable.

Et maintenant rêvons, rêvons à un  Philip Roth qui nous écrirait une épouvantable uchronie…

« Et si le 13 mai avait vraiment réussi… Et si l’armée avait pris le pouvoir… »

... Un cauchemar!

vendredi 18 janvier 2019

Groupe de lecteurs AEPR, "Couleurs de l'incendie"

Couleurs de l'incendie, Pierre LEMAITRE

AEPR Anciens Groupe  de lecteurs

séance du jeudi 22 novembre 2018
Nous étions 10 : Chantal, Nicole, Michèle C., Jean-Pierre,
Roger, Charles, Martine, lise, Michèle L. et Michèle P. 

Michèle L . : Le quai de Ouistreham Florence Aubenas. L'auteure, journaliste, fait une immersion pendant plusieurs mois dans le monde du personnel de nettoyage. Elle candidate incognito, ayant changé la couleur de sa chevelure, et fera beaucoup de CDD avant d'obtenir un CDI. Elle dénoncera tout ce qui est anormal et décrira les relations de certains employeurs antipathiques n'ayant aucune considération pour les ouvrières. Elle montre les difficultés à être embauché et découvre un monde qui lui était complètement inconnu. Il y a de l'entraide dans les relations avec ses collègues.

Martine : Le suspendu de Conakry J.C. Ruffin. Policier. Un plaisancier « blanc » retrouvé pendu au mât de son bateau, une femme nue sur le pont.... Un membre du service consulaire de l'ambassade, qui rêvait d'être policier, veut résoudre l'énigme . C'est un original, couvert chaudement malgré la forte chaleur, amateur de Tokay, pianiste, sensible et très psychologue. Il va sympathiser avec la sœur du pendu qui vient pour rechercher la vérité.

Charles : Sonia I. Karpowich. Un réalisateur demande à Sonia de raconter sa vie afin de construire un scénario. Elle a été maltraitée. Son père a été accusé du meurtre de sa mère. Pendant l'occupation allemande dans ce village à la  frontière entre la Pologne et  la Biélorussie, elle subit la vindicte de ses voisins car elle est belle et fréquente un jeune soldat ennemi , homme plein d'humanité. Nicolas naîtra de cette relation. Enorme tuerie lors du soulèvement des paysans contre l'envahisseur.

Michèle C. : Le pays que j'aime Caterina Bonvicini. Olivia est la fille d'une famille italienne richissime et Valério est le fils de leur jardinier. La famille riche fait tout pour intégrer celle de Valério. Les enfants sont très proches et le grand père d'Olivia les conduit à l'école dans sa voiture blindée. Cet homme sera assassiné pour avoir refusé un prêt important à un de ses « amis ». Blessée dans un attentat à Bologne la maman de Valério veut quitter leurs employeurs car ils se montrent indifférents lors de cet événement. Elle décide de quitter les lieux avec son fils, le papa refusant de s'en aller. Elle connaîtra la misère à Rome et y accueillera Olivia pour la protéger dans des conditions précaires. Puis les enfants seront éloignés l'un de l'autre, tout en continuant à s'écrire. Péripéties d'adultes, mariages, retrouvailles. Bien des épreuves pour chacun d'eux avant le rapprochement final. Valério offrira des conditions d'habitat excellentes à ses parents qui se sentiront déracinés dans un environnement social où ils se sentent exclus.     

Chantal D. : Et tu n'es pas revenu Marceline Loridan Evens . C'est une lettre d'amour à son père qui n'est jamais revenu de la déportation. Tous les deux ont été dénoncés et déportés en même temps lors de ses 16 ans. Elle a connu plusieurs camps et a y croisé son père une fois dans une scène bouleversante. Elle ne se sent pas bien accueillie en revenant dans sa famille  car on attendait beaucoup le retour paternel. Impossible de raconter son vécu, de partager ce passé que personne ne veut entendre. Elle a un rapport faussé avec son corps, dévoilé devant Menguele de triste mémoire. Elle refusera la maternité, sera soignée contre la tuberculose et tentera de se suicider. Toute sa vie elle aura la quête de ce père qu'elle aimait plus que tout. Elle en sera inconsolable. Ecrit poignant, glaçant parfois. Coup de cœur.

Nicole : Au grand lavoir Sophie Daull. L'auteure a subi deux traumatismes : jeune, sa mère a été assassinée puis elle perdra une fille de maladie. Roman auto biographique où la réalité et la fiction sont indissociables. Les deux personnages, la fille de la victime et le meurtrier, s'expriment à la première personne, trente ans après le drame. Condamné à perpétuité, il est libéré au bout de 18 ans et intègre un service municipal, dans une ville éloignée, ville dans laquelle elle est invitée à dédicacer le roman de leur histoire. Il est très tourmenté par sa venue et  sera tenté de s'y rendre. L'auteure écrit le vécu du meurtrier de sa mère avec empathie. C'est stupéfiant. C'est un récit sans suspense mais la qualité de l'écriture en fait tout l'intérêt. 

Roger : Les cigognes sont immortelles Alain Mabanckou. Ce roman, en partie autobiographique, est le récit, à la première personne, d'un jeune collégien de 13 ans. Trois jours d'événements, qui se passent au Congo et sont présentés sous un angle naïf, humoristique. Un plaisir de lecture. Les relations familiales, sur fond de polygamie, les voisins, le marché, la vie au collège sont racontés par Michel, doux rêveur, qui imagine des cigognes partout. On lui avait dit que les morts devenaient ces oiseaux. Tout se corse pour les siens lors de l'assassinat du président par un de ses oncles.

COULEURS DE L’INCENDIE, Pierre LEMAITRE.
Deuxième roman d’une trilogie, le troisième est à paraître, l’auteur le présente en rendant hommage à Alexandre DUMAS.
Difficile, en effet de ne pas penser aux histoires de vengeance de Dumas, et en particulier à Edmond DANTES. On se rappelle que ce dernier a été trahi par  ses amis et qu’il a passé toute sa vie à se venger.
On peut également penser à Zola et « La curée » ou à « César Birotteau » de Balzac.
Dans la construction de son roman Pierre Lemaitre soutient la comparaison avec ses illustres maîtres.
Nous sommes en 1928, Marcel Péricourt vient de mourir, il ne s’est jamais remis de la disparition d’Edouard, son fils. Le premier roman de la trilogie, « Au revoir là-haut » retrace les circonstances de cette disparition et les problèmes conjugaux de sa fille, Madeleine.
« Couleurs de l’incendie » débute par les obsèques de Marcel Péricourt, tout le monde cherche le petit Paul, celui-ci est monté au 2ème étage, il se jette par la fenêtre et vient s’écraser sur le cercueil de son grand-père.
Madeleine s’abandonne à l’influence de Gustave Joubert, le vice-président de la banque. Léonce, sa dame de compagnie supplée à toutes les tâches que Madeleine n’a plus la force de remplir. Charles Péricourt, le frère de Marcel essaie de profiter de la situation mais le testament lui est très défavorable. André, le percepteur de Paul et l’amant de Madeleine essaie de trouver un autre emploi, il souhaite devenir journaliste, Madeleine intervient auprès du directeur d’un grand journal qui accepte de le prendre comme chroniqueur à condition que Madeleine paie son salaire…
Paul survit à sa tentative de suicide mais il reste paraplégique.
Madeleine, rongée par le remords de ne pas avoir protégé son fils lui consacre désormais ses jours et ses nuits, très rapidement elle est incapable de faire face à toutes les tâches que suppose ce dévouement de tous les instants. Paul ne fait aucun progrès jusqu’au jour où Madeleine accepte de se faire aider par une infirmière à domicile. Après bien des tergiversations c’est une jeune infirmière de nationalité polonaise, ne connaissant aucun mot de français qui est embauchée.
Tout change pour Paul, grâce à Vlady il découvre la musique, l’opéra…  
Gustave profite de la faiblesse de Madeleine et la pousse à des opérations financières qui finissent par la ruiner tout en l’enrichissant. Il récupère sa fortune, sa maison de famille et se marie avec la pulpeuse Léonce, la dame de compagnie de Madeleine.
Madeleine achète un appartement avec les quelques ressources qui lui restent de sa fortune, avec  Paul et Vlady ils y emménagent. Au cours d’une visite d’André Paul a une crise d’angoisse, Madeleine congédie André et essaie de calmer son fils qui lui raconte le calvaire qu’il a vécu quand André était son percepteur, comment ce dernier a abusé de lui à chaque fois qu’elle sortait. Il lui explique qu’il cherchait protection auprès de son grand-père, sans toutefois lui révéler les agissements d’André. La disparition de son grand-père l’a poussé à se jeter par la fenêtre.
C’en est trop pour Madeleine. Le temps de la vengeance est venu.
Madeleine va voir  Dupré, l’ancien serviteur de son ex mari. A eux deux ils vont organiser et réaliser des plans qui n’ont rien à voir avec la « J »ustice. Chacun des protagonistes de sa ruine et du crime commis contre son fils vont devoir payer…  
Alexandre DUMAS peut ranger sa plume d’oie, Pierre Lemaître n’à rien à lui envier dans la mise en scène de la vengeance…