mardi 23 octobre 2018

Un homme est mort...
Christophe Goret dit Kris et Davodeau.

Pas de réunion du groupe des lecteurs ce mois, je reviens à une présentation de l'an dernier, avant que je remette ce blog en marche. C'est une BD de Kris et Davodeau. Cette histoire est restée dans ma mémoire, petit zef âgé de 11 ans à l'époque, fils d'ouvrier de l'arsenal, Edouard Mazé est resté un héros des luttes ouvrières de ce Brest qui se relevait petit à petit de ses ruines.
Merci à Gaël pour ce livre qui m'a remis en mémoire ces événements. 


UN HOMME est mort…
Co scénarisée par Kris et Davodeau dessinée par Davodeau
Christophe Goret, dit Kris, né le 4 septembre 1972 à Brest, est un scénariste de bande dessinée français.
En 2003, il se lance dans l’écriture d’Un Homme est mort (Futuropolis), dessiné par Étienne Davodeau. Cet album paraît en octobre 2006 et obtient de nombreux prix dont celui de la bande dessinée d’actualité de France Info2.
Étienne Davodeau, né le 19 octobre 1965 à Botz-en-Mauges (Maine-et-Loire), est un dessinateur et scénariste français de bandes dessinées.
Résumé :
Le contexte :
1950, la guerre est finie depuis cinq ans.
En France, après l’enthousiasme de la Libération et des premières mesures préconisées par le CNR et mises en place par le Gouvernement Provisoire, les difficultés quotidiennes et les dissensions au sein du gouvernement font naître peu à peu la désillusion au sein des couches populaires.
De nombreuses grèves parfois violentes éclatent un peu partout en France dans tous les secteurs.
De Brest il ne subsiste plus rien. Des bombardements massifs et des combats acharnés de presque un mois ont anéanti la ville, son port, son arsenal. Brest est un désert.

Il faut tout reconstruire.
Des milliers d'ouvriers travaillent sur les chantiers.
1950. C'est la grève. Les chantiers sont immobilisés, les ouvriers de l'Arsenal rejoignent le mouvement. De violents affrontements surviennent lors des manifestations.
Le 17 avril, le drame se produit. La police tire sur la foule, blessant plus de vingt personnes et tuant un homme. Édouard Mazé.
Le lendemain, appelé par la CGT pour tourner un film sur le mouvement, René Vautier débarque clandestinement à Brest (il est alors recherché par la police suite à un premier film documentaire, Afrique 50, témoignage sans concessions du système colonial français d'après guerre). Les responsables qui l’accueillent le confient à Ptit Zef et Désiré, deux syndicalistes, pour le guider dans Brest et le présenter sur les chantiers en grève.

La BD raconte l’histoire de ce film militant, sa conception, son utilisation, ses pérégrinations, La caméra n’enregistre pas le son, Vautier propose de lire le poème d’Eluard, un homme est mort pendant la projection, mais après une centaine de séances, sur les différents chantiers en grève, dans des cafés, des patronages laïques il est aphone… Ptit Zef qui a participé à toutes les projections se proposent pour prendre la suite, René Vautier prend soin de l’enregistrer sur un vieux magnétophone…
La grève est finie, Vautier est rentré à Paris, Paul Eluard qui a entendu parler de cette aventure demande à voir le film, c’est la bande magnétique de Ptit Zef qui accompagne la projection…

Pourquoi une BD ?
Comment imaginer un livre « ordinaire » sur le sujet. Difficile de présenter la ville, les évènements sans de longues descriptions, la bulle rend immédiatement compte des dialogues entre les ouvriers et le cinéaste.
Pas besoin de longues descriptions pour rendre compte de l’état de la ville, un seul dessin d’une demi-page et le désert qu’est Brest à cette époque n’a pas besoin de mots pour exister.
Que dire de la double page que l’on prend en pleine figure quand Ptit Zef s’approprie le poème d’Eluard.




Né à Camaret-sur-Mer (Finistère) le 15 janvier 1928 d’un père ouvrier d’usine et d’une mère institutrice, René Vautier mène sa première activité militante au sein de la Résistance en Bretagne en 1943, alors qu’il est âgé de quinze ans, ce qui lui vaut plusieurs décorations.
Après des études secondaires au lycée de Quimper, il est diplômé de l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) en 1948, premier de sa promotion en section réalisation-production4.
 Vautier est l’auteur d’un oeuvre essentiellement anticolonialiste, qui se focalise sur la guerre d’Algérie, dénonçant en particulier la torture. Mais son tempérament engagé le pousse à filmer aussi contre le capitalisme (Quand tu disais Valéry, en 1976), contre l’apartheid (Frontline, 1976, qui n’obtient pas le visa de diffusion en France) ou le FN (A propos de l’autre détail, 1984-1988) voire à propos de la pollution (Hirochirac, 1995).
René Vautier, c’est l’homme à qui l’on doit la fin officielle de la censure politique au cinéma en France. Grâce à 33 jours de grève de la faim, en 1973. Il ne subira plus le harcèlement d’Etat (confiscation de bobines et prison pour Afrique 50, poursuite pour atteinte à la sûreté nationale avec Une nation l’Algérie en 1954, etc.), mais on continuera à taire son œuvre. Une seule fois, son film le plus connu, Avoir vingt ans dans les Aurès, prix de la critique internationale à Cannes en 1972, passa à la télé, mais «par erreur», remarquait-il avec humour.
C’est un homme que j’aurais bien aimé rencontré, un « instituteur », comme le voulait la 3ème République en remplaçant les maîtres d’école par les instituteurs, destinés à aider les enfants à vivre debout, à s’instituer…

Paul ELUARD 1895- 1952
Gabriel Péri
Un homme est mort qui n’avait pour défense 
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli
Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du  cœur
Et la justice sur la terre
Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
 Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amies
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée 
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
 Tutoyons-nous son espoir est vivant.
Paul Éluard



samedi 6 octobre 2018

AEPR Anciens
Groupe de Lecteurs

Depuis l'an dernier la section des anciens de l'Amicale Laïque de Pont-Rousseau, à Rezé, a créé un groupe de lecteurs. Chaque mois pendant deux à trois heures une dizaine d'amicalistes présentent le livre qui les a intéressé, voire ému. Aucune obligation, celles ou ceux qui le souhaitent participent à la réunion sans présenter de livre.

Cette année je signalerai les livres présentés en complétant la liste par quelques notes de lecture.

Réunion de septembre:

Charles : Tours de garde de A. Piazza 
Chantal : La guerre de Catherine de Julia Billet et Claude Fauvel. B.D. Prix Jeunesse Angoulème 2018.
Nicole : L'Art de Perdre d'Alice Zeniter. Ce prix des lycéens est très documenté, historiquement.
Roger : Une colonne de feu de Ken Follet.  Le héros principal  et ses proches sont anglais et leurs aventures les conduisent en Espagne, en France et aux Pays Bas en ce 16° siècle
Solange : Ma belle-mère s'appelle Rex de Stéphane Cazenelle
Michèle C. : La femme rompue de Simone de Beauvoir. En fait trois portraits de femmes décrits sans complaisance.
Jean-Pierre : L'incendiaire de Highgate d'Anne Perry
Eric : Jeanne de la zone d'Etienne Davodeau et Frédérique Jacquet. B.D. L'enceinte fortifiée autour de Paris servira d'habitat et sera dénommée « la zone ». Jeanne fait partie des « apaches » qui vivent dans les « fortifs »

Quelques notes pour présenter
"L'incendiaire de Highgate"


Anne Perry est considérée dans beaucoup de pays comme la reine du polar victorien. Elle est née en 1938, à  Blackheath  un quartier à l’est de Londres.
De son vrai nom Juliet Hulme, elle est la fille d'Henry Hulme, astronome, physicien nucléaire et mathématicien. Sa mère fille d’un pasteur presbytérien s’est beaucoup occupée d’elle, lui apprenant à lire très tôt.
Son père est nommé en 1948 recteur de l'Université de Canterbury, proche de Christchurch (Nouvelle-Zélande). La jeunesse d'Anne Perry n’est pas un long fleuve tranquille, elle fut poursuivie et condamnée, en 1954, pour le meurtre de la mère d'une « amie très proche », accompli avec celle-ci. Elle semble avoir bénéficié d'une mesure de clémence, puisque elle regagnera le Royaume-Uni avec sa famille en 1959, cinq ans après le drame. De son vrai nom Juliet Hulme, elle est la fille d'Henry Hulme, astronome, physicien nucléaire et mathématicien. Sa mère fille d’un pasteur presbytérien s’est beaucoup occupée d’elle, lui apprenant à lire très tôt. Son père est nommé en 1948 recteur de l'Université de Canterbury, proche de Christchurch (Nouvelle-Zélande). La jeunesse d'Anne Perry n’est pas un long fleuve tranquille, elle fut poursuivie et condamnée, en 1954, pour le meurtre de la mère d'une « amie très proche », accompli avec celle-ci. Elle semble avoir bénéficié d'une mesure de clémence, puisque elle regagnera le Royaume-Uni avec sa famille en 1959, cinq ans après le drame.




«Charlotte et Thomas Pitt», et «William Monk» sont deux séries de romans chacune d’une trentaine de livres. Ce sont des enquêtes policières qui se passent en Angleterre à l’époque victorienne et qui décrivent avec minutie la société ou plutôt les sociétés anglaises de l’époque.
Dans la première série nous suivons les enquêtes de Thomas Pitt, un inspecteur de police londonien. Dès le premier roman il rencontre Charlotte Ellinson, une jeune fille de très bonne famille. Malgré la différence de classe sociale et l’opposition de la famille de Charlotte, ils se marient. Quatre ans plus tard et une dizaine d’enquêtes menées par Thomas Pitt avec l’aide de Charlotte nous sommes au onzième roman : « l’incendiaire de Highgate ».

Les enquêtes précédentes comme celle-ci se sont déroulées à la fois dans le milieu très aisé de la noblesse londonienne et dans les quartiers où survivent les pauvres qui ne profitent pas des richesses de l’empire britannique qui s’étend alors sur toute la surface du globe
Charlotte aidée de sa sœur, Emily, mariée à un lord qui est mort dans le 8ème roman vient juste de se remarier avec Jack Radley, et de la tante du premier mari d’Emily,  Vespasia, une vieille lady peu conventionnelle, participe activement aux enquêtes de Thomas. Surtout en recueillant des témoignages dans ces milieux qui considèrent les policiers à peine moins bien que leurs domestiques. Deux hommes « de qualité » appuient ces dames, Jack Radley, le second mari d’Emily, et Carlile, un député tout acquis à la cause de Vespasia qu’il admire beaucoup.

Ce onzième roman commence par l’incendie d’une maison en pleine nuit,  dans un quartier très aisé. C’est la maison du docteur Shaw. Appelé auprès d’une malade il est absent au moment du sinistre mais son épouse Clémency périt dans l’incendie. 
Thomas Pitt est appelé pour seconder la police du district.
Dans ce quartier chic de Londres vivent des gens aisés, certains même très aisés. 
D’abord la famille de Clemency, son grand père était évêque presbytérien, son fils, le père de Clémency qui est décédé récemment avait hérité avec ses deux sœurs d’une grosse fortune. A sa mort Clemency et sa sœur ont également hérité de beaucoup d’argent.

A côté de ce milieu très puritain on trouve quelques personnes qui bien que riches ont des opinions très libérales, certains même font partie ou sont très proches de la Société Fabienne, créée en 1884  il y peu d’années autour de Bernard Shaw,  H G Wells et Sydney Webb. Tous très proches d’un socialisme à l’anglaise théorisée et pratiquée par Robert Owen, industriel et philanthrope. Le docteur Shaw est très proches d’eux et donc en conflit ouvert avec la famille de son épouse.

 Très vite il apparaît que Clemency menait une action contre les conditions de logement misérables dans les quartiers populaires de Londres. Elle avait mis à jour une organisation qui permettait à de riches anglais de placer leur argent dans des opérations immobilières sans que leurs noms apparaissent. Charlotte et son commando suivent les pas de Clemency. Ils apprennent ce qu’elle a dû découvrir: son grand père, l’évêque était parmi les bénéficiaires de cet odieux trafic. Révoltée et ne voulant à aucun prix conserver cet argent, sans rien dire à ses tantes ni à sa sœur elle a distribué l’héritage maudit, avec ou sans l’accord de son mari ?
On peut imaginer qu’elle a poussé l’un des profiteurs, affolé par son enquête et ses démarches à la faire disparaître en mettant le feu à sa maison.
Charlotte est convaincue qu’il faut chercher le coupable parmi eux.
Thomas penche plutôt sur le milieu proche du docteur et de sa femme. Il pense que c’est le docteur qui était visé et non sa femme. Peut-être même est-il le coupable…

Un autre drame intervient alors, Le docteur privé de maison a trouvé refuge chez l’un de ses amis, Lindsay.
Cette maison est également incendiée… Lindsey meurt dans l’incendie, le docteur était parti visiter une malade.
Les enquêtes reprennent.

Après de nombreuses péripéties, rien ne semble se décider. Comme d’habitude il faudra attendre les dernières pages pour connaître la vérité !

Les livres d’Anne Perry racontent et racontent bien.
Ils sont aussi très intéressants pour les références historiques qui servent de cadre aux enquêtes policières.
Pas un roman sans trouver des renseignements sur la société anglaise, l’histoire de l’Angleterre.

Dans le précédent livre j’ai découvert la Vercingétorix anglaise. A la tête de 230 000 guerriers Boudica a tenu tête aux légions romaines avant d’être vaincue, elle a sa statue près du pont de Westminster…

Dans celui-ci c’est l’histoire du monde ouvrier anglais qui sert de toile de fond, Charlotte rencontre Georges Bernard Shaw aux obsèques de Lindsey. Il est venu honorer la mémoire de son ami de la société Fabienne. 
Quelle rencontre ! 
Une bonne occasion de faire quelques recherches sur cette société Fabienne que je ne connaissais pas.